Marc (Mc6,1-6) comme Matthieu (Mt 13, 54-58) relatent en effet l’échec de Nazareth en citant cette histoire du prophète en son pays, mais Luc va développer bien plus l’argumentation de Jésus.
Il faut revenir au début du chapitre 4 pour bien comprendre ce qui se passe : Jésus vient à la synagogue de Nazareth, il fait la lecture d’Esaïe, il annonce que cette lecture est pour maintenant…jusque là tout va bien, les gens sont contents. Et puis alors qu’il parle si bien, un des juifs se pose la question « n’est-il pas le fils de Joseph, le charpentier ? ». C’est à partir de là que les choses vont se dégrader : un peu de jalousie peut-être pour celui qui a quitté le pays et l’atelier de son père pour « faire la route » et qui revient comme un rabbin…
En fait Jésus ne revient pas dans le pays de son enfance par hasard, mais par obligation : la lecture que fait Jésus (Lc 4, 18 « l’esprit du Seigneur est sur moi… ») est celle du livre d’Esaïe aux chapitres 58 et 61 (Es 58.6 et Es 61). Or cette lecture est réservée au 1er jour (Yom Kippour) de l’année du Jubilée (tous les 50 ans), et le Lévitique prévoit bien que cette année-là tous les juifs doivent retourner dans leur pays (c’est vrai surtout pour les serviteurs et les esclaves, car on ne travaille pas la terre cette année-là, les maîtres n’ont pas besoin d’eux). Lévitique 25.10 « vous déclarerez sainte la cinquantième année et vous proclamerez dans le pays la libération pour tous les habitants ; ce sera pour vous un jubilé ; chacun de vous retournera dans sa propriété, et chacun de vous retournera dans son clan ». Il est donc absolument logique que Jésus soit à Nazareth ce jour-là, qu’il y lise ce passage, et il est normal qu’il ajoute en 4,21 « Aujourd'hui, cette écriture est accomplie pour vous qui l'entendez. » Il ne faut y voir aucune fanfaronnade ni aucun orgueil.
Le prophète dans le monde juif est supposé voyager pour clamer la parole, pour revenir mourir à Jérusalem (enfin s’il est un grand prophète). Luc va citer un passage de 1 Rois 17 pour parler du miracle de la veuve de Sarepta (nous en avons parlé il y a quelques jours à propos d’une première résurrection du fils d’une veuve à Naïn), une ville proche de Sidon en territoire païen. Il va aussi rappeler la guérison de la lèpre de Naamân, un général Araméen (en Syrie). Certes la guérison a lieu en Israël (le général est furieux de devoir se baigner dans le Jourdain), mais le malade est bel et bien venu de l’étranger. On retrouve donc le couple Elie/Elisée cher à Luc et qui semble fortement influencer l’activité de Jésus ; et on va retrouver l’universalisme de la parole cher à Luc.
Luc nous parle déjà de la colère des juifs, de la colline (qui n’existe pas à Nazareth) comme celle du Golgotha et d’un Jésus qui passe au milieu d’eux comme il passera au travers des murs des maisons, et qui va suivre son chemin vers Jérusalem.
Les gens de Nazareth n’ont pas voulu entendre la proclamation d’une ère nouvelle (à la fois l’année jubilaire et l’annonce dur royaume). Jésus va donc s’en retourner à Capharnaüm.
Et il ajouta : « Oui, je vous le déclare, aucun prophète ne trouve accueil dans sa patrie.
En toute vérité, je vous le déclare, il y avait beaucoup de veuves en Israël aux jours d’Elie, quand le ciel fut fermé trois ans et six mois et que survint une grande famine sur tout le pays ; pourtant ce ne fut à aucune d’entre elles qu’Elie fut envoyé, mais bien dans le pays de Sidon, à une veuve de Sarepta.
Il y avait beaucoup de lépreux en Israël au temps du prophète Elisée ; pourtant aucun d’entre eux ne fut purifié, mais bien Naamân le Syrien. »
Tous furent remplis de colère, dans la synagogue, en entendant ces paroles. Ils se levèrent, le jetèrent hors de la ville et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline sur laquelle était bâtie leur ville, pour le précipiter en bas.
Mais lui, passant au milieu d’eux, alla son chemin.
Commentaire
Marc (Mc6,1-6) comme Matthieu (Mt 13, 54-58) relatent en effet l’échec de Nazareth en citant cette histoire du prophète en son pays, mais Luc va développer bien plus l’argumentation de Jésus.
Il faut revenir au début du chapitre 4 pour bien comprendre ce qui se passe : Jésus vient à la synagogue de Nazareth, il fait la lecture d’Esaïe, il annonce que cette lecture est pour maintenant…jusque là tout va bien, les gens sont contents. Et puis alors qu’il parle si bien, un des juifs se pose la question « n’est-il pas le fils de Joseph, le charpentier ? ». C’est à partir de là que les choses vont se dégrader : un peu de jalousie peut-être pour celui qui a quitté le pays et l’atelier de son père pour « faire la route » et qui revient comme un rabbin…
En fait Jésus ne revient pas dans le pays de son enfance par hasard, mais par obligation : la lecture que fait Jésus (Lc 4, 18 « l’esprit du Seigneur est sur moi… ») est celle du livre d’Esaïe aux chapitres 58 et 61 (Es 58.6 et Es 61). Or cette lecture est réservée au 1er jour (Yom Kippour) de l’année du Jubilée (tous les 50 ans), et le Lévitique prévoit bien que cette année-là tous les juifs doivent retourner dans leur pays (c’est vrai surtout pour les serviteurs et les esclaves, car on ne travaille pas la terre cette année-là, les maîtres n’ont pas besoin d’eux). Lévitique 25.10 « vous déclarerez sainte la cinquantième année et vous proclamerez dans le pays la libération pour tous les habitants ; ce sera pour vous un jubilé ; chacun de vous retournera dans sa propriété, et chacun de vous retournera dans son clan ». Il est donc absolument logique que Jésus soit à Nazareth ce jour-là, qu’il y lise ce passage, et il est normal qu’il ajoute en 4,21 « Aujourd'hui, cette écriture est accomplie pour vous qui l'entendez. » Il ne faut y voir aucune fanfaronnade ni aucun orgueil.
Le prophète dans le monde juif est supposé voyager pour clamer la parole, pour revenir mourir à Jérusalem (enfin s’il est un grand prophète). Luc va citer un passage de 1 Rois 17 pour parler du miracle de la veuve de Sarepta (nous en avons parlé il y a quelques jours à propos d’une première résurrection du fils d’une veuve à Naïn), une ville proche de Sidon en territoire païen. Il va aussi rappeler la guérison de la lèpre de Naamân, un général Araméen (en Syrie). Certes la guérison a lieu en Israël (le général est furieux de devoir se baigner dans le Jourdain), mais le malade est bel et bien venu de l’étranger. On retrouve donc le couple Elie/Elisée cher à Luc et qui semble fortement influencer l’activité de Jésus ; et on va retrouver l’universalisme de la parole cher à Luc.
Luc nous parle déjà de la colère des juifs, de la colline (qui n’existe pas à Nazareth) comme celle du Golgotha et d’un Jésus qui passe au milieu d’eux comme il passera au travers des murs des maisons, et qui va suivre son chemin vers Jérusalem.
Les gens de Nazareth n’ont pas voulu entendre la proclamation d’une ère nouvelle (à la fois l’année jubilaire et l’annonce dur royaume). Jésus va donc s’en retourner à Capharnaüm.
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