Avant d’entrer dans ce chapitre de Luc qui nous est lu et relu à chaque période de Noël, je voudrais vous redire encore une fois que ces récits de l’enfance de Jésus rédigés par Luc et par Matthieu n’ont aucune base historique, il s’agit de pur roman : mis à part le nom de Marie et le nom de la ville du domicile familial de Jésus, rien de raisonnablement sérieux n’a été trouvé concernant ce passage. Il s’agit donc de textes imaginaires que les rédacteurs de ces deux évangiles ont cru bon d’ajouter en tête de leur ouvrage sur la vie de Jésus.
Le nom de Marie est cité 34 fois dans le Coran : elle a bien reçu la visite de Gabriel, elle est bien la mère de Jésus, un prophète pour les Musulmans, mais elle n’est pas la mère de Dieu selon l’appellation catholique controversée.
Le texte en lui-même ne présente pas de difficulté, il est compréhensible par tous. Quelques petits commentaires :
- La ville de Nazareth est très peu divulguée dans les textes saints, c’est un bled en comparaison de Capharnaüm. On se souvient qu’en Jean 1.46, Nathanael demandera même s’il peut sortir quelque chose de bon de ce trou paumé…
- Marie est une jeune fille qui habite encore chez ses parents mais qui a été mariée (ou promise) à un homme ; elle lui est légalement soumise, même si elle est sous la responsabilité de son père. A l’époque, un père pouvait marier sa fille dès l’âge de 12 ans, ce n’est pas pour autant qu’elle partait aussitôt vivre et coucher chez son homme. Ce qui est certain est que Joseph a déjà dû payer la dot de la mariée.
- Les mots de l’ange Gabriel sont assez classiques de la littérature biblique. On y trouve Esaïe 7.14 « Aussi bien le Seigneur vous donnera-t-il lui-même un signe : Voici que la jeune femme est enceinte et enfante un fils et elle lui donnera le nom d'Emmanuel ».
- Le fait que l’ange appelle la jeune femme par son nom « Marie », est un signe fort de son élection divine, on se souvient que Dieu nomme les gens en fonction de leurs missions.
- Marie est curieuse, elle pose une question, qui ne peut être considérée comme une mise en doute, il s’agit d’une question sérieuse : si Joseph le veut, il pourrait la faire lapider.
- Le présent qu’elle utilise « je n’ai pas de relations » a fait beaucoup jaser au cours de l’histoire de l’Eglise : St. Augustin dira que Marie avait fait un vœu de chasteté, ce qui se transformera dans le dogme de la virginité perpétuelle de Marie, un projet un peu osé puisque Luc lui-même parlera des frères de Jésus.
- La réponse de l’ange est bien que la puissance de Dieu remplacera la virilité de Joseph.
Il convient de se souvenir que l’ange Gabriel est le héros du livre de Daniel dans lequel il annonce que Jérusalem va être vaincue par l’arrivée d’Alexandre le Grand. Or il existe un texte de Plutarque (an 70), La vie d’Alexandre, qui retranscrit la légende de la naissance d’Alexandre comme ayant été influencée par Dieu (sous la forme de la foudre dans la chambre nuptiale). Luc aurait-il un peu copié ?
Il est intéressant de bien comprendre ce que Luc a voulu faire en rédigeant ce texte pour nous. Il a construit un parallèle entre Zacharie qui ne croit pas l’ange et Marie qui accepte l’idée, ce sera la début de sa comparaison Jean-Baptiste / Jésus qui constituera la trame de son livre. Pour Luc, Joseph n’a aucune importance alors que chez Matthieu, c’est bien Joseph que l’ange vient visiter.
Luc nous montre Marie comme une femme dotée d’une grande force intérieure couplé à une foi éclatante. Marie va être celle qui va porter Dieu sur la terre quand Ève a été celle qui a mis Dieu contre l’humanité. Son humilité sera exemplaire.
Luc va placer Jésus sous le double signe de la naissance et de l’intronisation.
On a beaucoup discuté sur la virginité réelle ou supposée de Marie. Cela n’a aucune importance. Ce qui compte est la volonté exprimée de Luc est de nous décrire Marie comme physiquement vierge, et c’est sans ambiguïté. Encore une fois, ni Matthieu ni Luc ne savait rien de l’enfance de Jésus ; peut-être Marie avait-elle fait quelques confidences à ses proches concernant la vie de Jésus petit, il est certain qu’elle n’aurait jamais abordé le sujet de sa vie intime. Il n’y a aucun doute dans la communauté chrétienne que Jésus était le Fils de Dieu, il faut donc que les évangélistes écrivent une histoire qui soit compatible avec cette nature divine, et il n’y a d’autre solution dans la culture des premières communautés si ce n’est de faire naître le Fils de Dieu d’une vierge. Marc et Jean ont préféré s’abstenir d’en parler…